Belgique · La vague d’OVNI de 1989–1991
La vague d’OVNI en Belgique en 1990
Des centaines de témoignages, des gendarmes intrigués et une intervention des F-16 : retour sur un dossier dont les observations visuelles restent au cœur des interrogations.
3 octobre 2024 — Neimad, — syagrius
Entre 1989 et 1991, de nombreux témoins, dont des gendarmes et des militaires, signalent d’étranges phénomènes dans le ciel belge. Témoignages, détections radar et hypothèses : que permettent réellement d’établir les documents ?

- Une vague d’observations (…)
- À Eupen, des gendarmes décrive
- À Ernage, un officier et (…)
- Des témoignages recueillis (…)
- La nuit du 30 au 31 mars 1990
- Les observations visuelles (…)
- Des accélérations réelles (…)
- La polémique médiatique de (…)
- Le LoFLYTE pouvait-il survoler
- Science & Vie et l’intérêt
- Plus de trois décennies (…)
- Vous avez été témoin ?
- Sources et documents
Une vague d’observations au-dessus de la Belgique
La Belgique a fait, en 1990, la une des journaux. Dans la presse et à la télévision, les témoignages se multiplient : des habitants disent avoir observé des phénomènes aériens inhabituels, souvent décrits comme de grandes formes triangulaires portant des lumières. La Force aérienne belge rend également compte de détections radar non identifiées, notamment au cours de la nuit du 30 au 31 mars.
Mais la « vague belge » n’avait pas commencé cette nuit-là. Dès le 29 novembre 1989, de nombreux témoignages avaient été recueillis, en particulier dans la région d’Eupen. Les observations se poursuivirent en 1990 et en 1991.
Selon le bilan présenté par le Comité belge d’étude des phénomènes spatiaux, ou COBEPS, plusieurs centaines, voire plusieurs milliers de personnes furent témoins de phénomènes inhabituels durant cette période. Pour la seule journée du 29 novembre 1989, l’association rapporte 143 cas recueillis. Il faut distinguer le nombre de témoins, celui des observations et celui des enquêtes, mais il ne s’agit certainement pas de quelques récits isolés.
Parmi ces personnes figuraient des civils, mais aussi des gendarmes et des militaires. Beaucoup décrivaient des lumières disposées en triangle, parfois associées à une masse sombre, se déplaçant lentement ou paraissant immobile, avec peu ou pas de bruit. Les récits présentaient des ressemblances, sans correspondre tous à un modèle unique.
À Eupen, des gendarmes décrivent une observation rapprochée
Le 29 novembre 1989, les gendarmes Heinrich von Montigny et Bernard Nicoll circulent dans la région d’Eupen. Selon leur témoignage, une prairie fortement éclairée attire leur attention. Ils découvrent alors au-dessus d’elle une grande forme portant trois puissantes lumières dirigées vers le sol.
Leur récit ne se limite donc pas à trois points aperçus très loin dans le ciel. Ils décrivent une plate-forme, des sources lumineuses circulaires et des faisceaux éclairant le terrain. Ces détails expliquent pourquoi leur observation a occupé une place importante dans les enquêtes de la SOBEPS.
Le COBEPS a d’ailleurs critiqué certaines reconstitutions télévisées qui modifiaient la disposition des lumières ou omettaient l’éclairage de la prairie. Le problème est important : lorsque l’image montrée au public ne correspond plus au témoignage, on risque de discuter la reconstitution plutôt que ce que les personnes ont réellement déclaré.
Le sérieux des témoins ne garantit pas que chaque estimation de taille, de distance ou de vitesse soit exacte. Il justifie cependant que leur récit soit étudié avec attention. Une identification doit rendre compte de ses caractéristiques précises, et pas seulement de sa silhouette générale.
À Ernage, un officier et son épouse témoignent
Un autre cas documenté concerne le lieutenant-colonel André Amond et son épouse, le 11 décembre 1989, à Ernage, près de Gembloux. L’officier, ingénieur de formation, exerce alors des responsabilités à l’état-major de l’armée belge.
Les deux témoins décrivent des lumières évoluant lentement et à faible hauteur apparente, sans bruit perceptible. Ils rapportent ensuite un rapprochement, un changement de direction brusque et un départ qui leur semble très rapide. La structure portant les lumières ne leur apparaît toutefois pas clairement : il importe de conserver cette précision.
Dans une étude cosignée avec Wilfried De Brouwer, Patrick Ferryn et Auguste Meessen, Amond reprend son témoignage et examine notamment l’hypothèse d’un hélicoptère. Les auteurs estiment qu’elle ne rend pas compte des éléments rapportés. Cette conclusion appartient à leur analyse ; elle ne constitue pas une identification de l’origine du phénomène.
Selon cette même étude, le couple n’avait pas connaissance des premiers récits de la vague belge au moment de son observation. Il reconnut des ressemblances en regardant ensuite un sujet télévisé. Ce point mérite d’être considéré lorsqu’on examine le rôle de la médiatisation.
Des témoignages recueillis et des enquêtes de terrain
La Société belge d’étude des phénomènes spatiaux, ou SOBEPS, entreprit de nombreuses investigations. Le bilan conservé par le COBEPS mentionne environ 20 000 pages de documents, plus de 400 cassettes d’entretiens téléphoniques et quelque 600 rapports d’enquêtes de terrain. Deux ouvrages furent consacrés à ces travaux, en 1991 et en 1994.
La presse et la télévision, belges comme internationales, donnèrent un large écho aux événements. Elles contribuèrent à faire connaître les observations et à recueillir de nouveaux témoignages. Leur influence sur la manière de raconter et d’interpréter les faits doit aussi être examinée.
Cela ne permet pas de conclure que les témoins n’ont rien observé. Le dossier contient des personnes identifiables, des descriptions recueillies, des lieux et des circonstances d’observation. La question reste de déterminer ce qui a été vu et si une même explication peut réellement s’appliquer à plusieurs cas.
La nuit du 30 au 31 mars 1990
Dans la soirée du 30 mars, des lumières inhabituelles sont signalées dans la région de Wavre. Des gendarmes participent aux observations. Les stations militaires de Glons et de Semmerzake relèvent également des contacts radar non identifiés.
À 0 h 05, deux F-16 décollent de Beauvechain pour tenter d’en déterminer l’origine. Le rapport de synthèse présenté à la presse par le colonel Wilfried De Brouwer, le 11 juillet 1990, décrit plusieurs tentatives d’interception, des verrouillages radar brefs et d’importantes variations des paramètres affichés.
Cependant, aucun des deux pilotes ne voit d’objet. L’intervention est déclenchée par les signalements au sol et les détections radar ; elle ne débouche pas sur une identification visuelle depuis les chasseurs.
Les rapports militaires constituent donc une pièce importante du dossier, mais ils doivent être lus en distinguant les observations des témoins, les mesures instrumentales et les premières interprétations. Des reproductions du rapport du major Lambrechts et du rapport de synthèse sont consultables en ligne. Le résumé destiné à la presse ne remplace pas l’ensemble des annexes et des analyses ultérieures.
Les observations visuelles correspondaient-elles aux radars ?
C’est l’une des questions centrales de cette affaire. Des personnes observent des lumières inhabituelles ; les militaires relèvent des échos ; des chasseurs sont envoyés sur place. Ce rapprochement explique l’intérêt suscité par les événements.
Mais une présence dans une même région et une même période ne suffit pas à démontrer que les yeux et les radars suivent exactement la même source. Pour établir cette correspondance, il faut comparer les horaires, les directions, les positions, les distances et les déplacements.
Le rapport de synthèse de juillet 1990 présente des éléments que la Force aérienne juge alors difficiles à expliquer. Il signale aussi que les corrélations entre observations visuelles et détections radar n’ont pas toujours pu être établies avec certitude. Les analyses suivantes ont encore compliqué leur interprétation.
On ne peut donc pas effacer les témoignages parce que certains échos reçoivent une explication technique. Inversement, les témoignages ne permettent pas d’attribuer automatiquement chaque écho à un engin. Une explication proposée pour les radars d’une nuit ne résout pas, à elle seule, les observations rapprochées d’Eupen ou d’Ernage, survenues plusieurs mois auparavant.
Des accélérations réelles ou des effets de mesure ?
Les données des F-16 ont suscité une controverse scientifique et ufologique. Auguste Meessen, professeur de physique à l’Université catholique de Louvain et collaborateur de la SOBEPS, les a étudiées en détail. Jean-Pierre Petit, alors chercheur au CNRS, est également intervenu dans les discussions. Leurs avis personnels ne constituent pas une position officielle de leurs institutions.
Comment un phénomène atmosphérique pourrait-il dépasser un chasseur, tourner brutalement ou sembler échapper à une interception ? La question suppose que les indications du radar décrivent fidèlement le mouvement d’un objet matériel. C’est précisément ce qu’il faut vérifier.
Évoquer la foudre en boule ne répond pas directement au problème des échos météorologiques : les hypothèses discutées portent notamment sur la propagation des ondes et leur traitement. Les radars au sol et ceux des chasseurs n’ont pas non plus des caractéristiques identiques ; leurs différences ne suffisent pas à exclure une cause atmosphérique.
Dans son analyse ultérieure, Meessen propose une explication faisant intervenir des masses d’air humide et une mesure Doppler faussée. Il conserve néanmoins deux traces qu’il considère comme non identifiées. Il faut distinguer ces conclusions, plutôt que de présenter son travail comme une confirmation générale des performances extraordinaires initialement supposées.
Les expressions « fuite » ou « jeu » traduisent une impression ; elles ne démontrent pas une intention.
La polémique médiatique de mai 1997
Plusieurs années après les faits, une autre explication fait parler d’elle : les témoins auraient observé un appareil américain de haute technologie, le LoFLYTE.
Des récits de cette controverse mentionnent un article du Soir daté du 16 mai 1997, puis une reprise de l’information par les journaux télévisés de la RTBF et de RTL-TVI. L’affaire y aurait été présentée comme résolue, en associant une explication météorologique des radars à celle d’un prototype américain pour les observations visuelles.
L’attribution de cette conclusion au ministre de la Défense Jean-Pol Poncelet est elle-même contestée dans les récits de la polémique. L’identification au LoFLYTE ne peut donc être présentée comme une conclusion gouvernementale établie sur cette seule base.
Le débat illustre surtout une difficulté : une hypothèse reprise dans les médias peut rapidement prendre l’apparence d’une explication définitive. Encore faut-il qu’elle corresponde aux dates et aux caractéristiques des observations.
Le LoFLYTE pouvait-il survoler la Belgique ?
L’idée d’un avion américain secret a circulé sous plusieurs formes. Le F-117 a notamment été proposé dans Science & Vie. Le rapprochement avec le LoFLYTE est rapporté à propos d’articles du Sunday Times d’août 1996. Ces différentes hypothèses ne doivent pas être confondues.
Le LoFLYTE existe bel et bien, mais la documentation de la NASA décrit un démonstrateur sans pilote d’environ 2,54 mètres de long, développé avec Accurate Automation Corporation. Son premier vol eut lieu le 16 décembre 1996, à Mojave, en Californie. D’autres vols sont documentés à Edwards en juin 1997.
Le programme servait notamment à étudier le comportement à basse vitesse d’une forme associée à des concepts hypersoniques et à développer des commandes de vol. Il ne s’agissait pas d’un grand avion opérationnel dont les performances permettraient d’expliquer les récits belges.
La chronologie suffit à écarter ce démonstrateur pour les observations de 1989 à 1991. Des modèles et des essais aérodynamiques ont précédé ses vols, mais rien dans cette documentation ne permet de lui attribuer un survol de la Belgique aux dates concernées.
Éliminer le LoFLYTE ne révèle pas pour autant la nature de ce que les témoins ont observé. Cela retire simplement une fausse piste du dossier.
Science & Vie et l’intérêt scientifique pour les OVNI
En janvier 1999, le numéro 976 de Science & Vie consacrait sa couverture aux OVNI, avec cette formule : « OVNIS : pourquoi la science s’y intéresse enfin ». Le magazine est également diffusé en Belgique.
Ce titre témoigne d’une ouverture éditoriale. Il ne signifie cependant pas que la communauté scientifique aurait identifié les phénomènes belges ou reconnu l’existence de vaisseaux extraterrestres.
Le contexte comprend notamment l’atelier de Pocantico, organisé en 1997 sous la coordination du physicien Peter Sturrock, dont les travaux furent publiés en 1998. Les participants recommandaient une étude plus attentive de certains signalements et des indices physiques qui leur étaient associés. Ils ne concluaient pas avoir trouvé une preuve convaincante d’une intelligence extraterrestre.
Plus de trois décennies après, les témoignages restent à examiner
Plus de trois décennies se sont écoulées depuis la vague belge. Les témoignages recueillis, les rapports et les enregistrements restent des documents à examiner. Le temps passé ne les transforme pas en preuves d’une origine particulière ; il ne les fait pas disparaître non plus.
L’intérêt de cette affaire tient notamment aux personnes qui se sont exprimées : des habitants, des couples, des gendarmes et des militaires décrivant ce qu’ils n’avaient pas réussi à reconnaître. Certains récits comportent des ressemblances ; d’autres présentent des différences importantes.
Prendre ces personnes au sérieux consiste à conserver leurs descriptions exactes, à examiner les explications proposées et à signaler ce qui reste incertain. Une hypothèse doit pouvoir être confrontée aux détails du cas qu’elle prétend résoudre.
Les témoignages visuels et les détections radar font ainsi partie du même dossier historique. Leur relation doit être étudiée avec précision, sans considérer d’avance que tout correspond, ni que rien ne mérite d’être expliqué.
Vous avez été témoin ?
Vous avez observé un phénomène inhabituel pendant la vague belge, ou l’un de vos proches vous a raconté son expérience ? Vous possédez des photographies, des vidéos, des notes prises à l’époque ou des documents concernant ces événements ?
Contactez Projet22 pour partager votre témoignage. Précisez, si possible, la date, le lieu, la durée de l’observation et ce que vous avez vu. Même plusieurs décennies après les faits, votre récit peut apporter un éclairage complémentaire à ce dossier.
Si vous le souhaitez, votre anonymat sera respecté.
Sources et documents
COBEPS — Présentation de la vague belge et bilan des enquêtes
COBEPS — Historique de la SOBEPS
COBEPS — Témoignages des gendarmes d’Eupen et critique des reconstitutions télévisées
Force aérienne belge — Rapport de synthèse présenté le 11 juillet 1990, reproduction en français
Rapport du major Lambrechts — Reproduction en français
Auguste Meessen — Étude approfondie des mystérieux enregistrements radar des F-16
Fabrice Bonvin — Récit de la polémique médiatique de mai 1997, reproduit dans Plasma Springs
NASA — Contributions to Aeronautics, volume 2 : historique du programme LoFLYTE
NASA — Vols du LoFLYTE à Edwards en juin 1997
