Terres rares : le piège de la dépendance chinoise

27 octobre 2026 — syagrius

Pollution, transferts technologiques et stratégie industrielle : les origines de notre dépendance envers les terres rares transformées en Chine.

Dossier documenté au 26 octobre 2026.

Les terres rares ne sont pas toutes rares dans la croûte terrestre. Pourtant, un ralentissement de leurs livraisons peut interrompre la production d’automobiles, de composants électroniques ou d’équipements stratégiques. Ce paradoxe s’explique moins par une absence générale de ressources que par la concentration des moyens de les transformer.

La dépendance actuelle repose sur un choix industriel devenu un problème de souveraineté : les pays consommateurs ont bénéficié de produits moins coûteux en éloignant une partie des nuisances, tandis que la Chine construisait les capacités dont ils dépendent désormais.

Les faits documentés permettent de suivre cette évolution : recul des capacités de transformation, coûts environnementaux insuffisamment pris en compte, acquisitions technologiques et stratégie chinoise de développement de toute la chaîne de valeur.

 1. Il était avantageux d’acheter les produits et de laisser les nuisances ailleurs

La France a été un acteur majeur de la transformation des terres rares. Le site de La Rochelle, créé en 1948 et passé par Rhône-Poulenc, Rhodia puis Solvay, occupait une place centrale dans cette industrie. La Cour des comptes attribue à son unité de transformation environ 50 % du marché mondial à son apogée, avec 90 % de sa production exportée.

En 1994, l’atelier de transformation des minerais ferme. La Cour des comptes cite la concurrence des concentrés chinois à bas coût, le contexte économique et les difficultés liées aux déchets faiblement radioactifs. L’ensemble du site ne ferme pas : d’autres activités se poursuivent.

Aux États-Unis, le recul est également concret : selon le Government Accountability Office, l’usine de séparation de Mountain Pass ferme en 1998, après des problèmes réglementaires liés à la canalisation d’eaux usées, puis l’exploitation minière est suspendue en 2002.

Les délocalisations européennes répondent plus largement à des raisons économiques et environnementales, vers des pays où les coûts salariaux et les contraintes réglementaires sont moins élevés.

L’avantage immédiat est identifiable : continuer à disposer des matériaux sans supporter sur son propre territoire la totalité de leurs coûts de production et de leurs nuisances.

Le coût était réduit pour l’acheteur, mais une partie de la facture restait à la charge des populations, des milieux naturels et des territoires producteurs.

L’expression « loin des yeux, loin du cœur » décrit cette dissociation. Elle ne signifie pas que la pollution avait disparu : elle était devenue moins visible depuis les pays consommateurs.

D’autres pays européens possédaient aussi des compétences industrielles

Le cas français ne doit pas masquer cette histoire collective. Mais il faut distinguer une position dominante dans la séparation chimique, un leadership sur un produit particulier et l’existence d’une usine spécialisée.

PaysRôle historique documentéRecul, déplacement ou continuité
Allemagne Vacuumschmelze développe et produit des aimants samarium-cobalt dès 1973, puis des aimants néodyme-fer-bore au milieu des années 1980. L’entreprise conserve des activités européennes, crée une filiale en Slovaquie en 1997, obtient en 2001 l’autorisation d’établir VAC China Magnetics à Shenyang et acquiert le fabricant finlandais Neorem en 2007. Il s’agit d’une internationalisation, pas d’un abandon complet.
Autriche Fondée en 1898, Treibacher est un acteur ancien de la chimie des terres rares. Une publication de 1992 lui attribue plus de 50 % du marché mondial des pierres à briquet, dont la production avait commencé en 1903. Ce leadership concerne un débouché précis, pas l’ensemble des terres rares. L’entreprise existe toujours et produit encore ces pierres.
Royaume-Uni Less Common Metals, fondée en 1992, devient un fournisseur international d’alliages pour aimants. Après 1997, l’entreprise reprend des équipements et du personnel de l’activité Rare Earth Products de Johnson Matthey, qui venait de fermer. Une partie des compétences et des moyens reste britannique. La source ne démontre pas un transfert vers la Chine.
Estonie L’usine Silmet, à Sillamäe, produit des terres rares et des métaux rares depuis les années 1970. La séparation a subsisté. En 2011, le Centre commun de recherche européen signale toutefois une production limitée par les difficultés d’accès aux concentrés.
Finlande Selon EURARE, des terres rares sont récupérées à Korsnäs entre 1963 et 1972, comme coproduits d’une exploitation de plomb. Cette activité ne démontre pas un leadership mondial comparable à la position française dans la transformation. Les sources consultées n’établissent pas une fermeture provoquée par la concurrence chinoise.

L’Europe n’avait donc pas perdu toute compétence. Elle avait perdu la capacité de les articuler à une échelle suffisante pour garantir son autonomie.

Pourquoi ces activités se sont-elles fragilisées ? Le rapport européen de 2011 identifie déjà plusieurs mécanismes : accès insuffisant aux matières premières, restrictions chinoises d’exportation et concurrence internationale décourageant les investissements de long terme. Il relève aussi la difficulté environnementale de certains projets miniers, notamment en présence de radionucléides.

Ces facteurs s’ajoutent aux coûts et aux arbitrages décrits pour La Rochelle. Ils ne permettent pas d’attribuer chaque fermeture européenne à une cause unique. La conclusion stratégique est néanmoins forte : on peut conserver quelques entreprises excellentes et devenir dépendant si les matières premières, les volumes et les étapes complémentaires se concentrent ailleurs.

 2. Pourquoi cette production peut être fortement polluante

Une terre rare n’est généralement pas extraite sous la forme d’un métal prêt à l’emploi. Pour de nombreux gisements, il faut successivement extraire et broyer la roche, concentrer les minéraux, employer des réactifs chimiques, puis séparer des éléments aux propriétés très proches.

La séparation chimique peut nécessiter de nombreuses opérations successives. Les produits recherchés sont obtenus au milieu de flux de matière qu’il faut traiter : résidus solides, solutions chimiques et effluents.

Le risque environnemental dépend notamment de la teneur du minerai, des réactifs utilisés, de la circulation des eaux et de la qualité du confinement. Lorsque certains minerais contiennent du thorium ou de l’uranium naturels, leur traitement produit aussi des résidus nécessitant une gestion radiologique.

Ces effets ne se limitent donc pas à des émissions de carbone : ils concernent les sols, les nappes, les cours d’eau, les déchets et les conditions de vie autour des installations.

La France en conserve elle-même la trace. L’Andra confirme l’arrêt du traitement de la monazite à La Rochelle en juillet 1994 et recense 5 320 tonnes de résidus radifères générés par cette activité.

Il ne s’agit pas d’une pollution propre à une nationalité : il s’agit d’une activité dont les dommages peuvent être considérables lorsque les protections et le traitement des rejets sont insuffisants.

 3. Les exigences environnementales n’ont pas été équivalentes

Présenter les producteurs comme s’ils avaient historiquement supporté les mêmes contraintes fausse la comparaison des prix.

En 2011, le ministère chinois de l’Environnement reconnaît les insuffisances du cadre applicable aux terres rares. Il annonce une norme sectorielle spécifique et indique que les règles générales précédentes ne permettaient pas de maîtriser suffisamment certains rejets caractéristiques de cette industrie.

Pour l’année 2005, il rapporte 20 à 25 millions de tonnes d’eaux usées pour 103 900 tonnes de produits issus de la fusion et de la séparation, avec de forts dépassements des normes pour l’azote ammoniacal.

Ces données historiques ne sont pas un ratio universel applicable à toutes les usines actuelles. Elles établissent néanmoins l’ampleur du problème au cours de la période où la filière chinoise consolidait sa domination.

Le livre blanc du gouvernement chinois sur les terres rares décrit lui-même des pollutions des eaux et des terres agricoles, des dommages à la végétation, des rejets dangereux et des résidus radioactifs. Il reconnaît aussi que les prix n’ont pas correctement compensé les dégâts environnementaux.

Une étude scientifique publiée en 2017 estime à 76,17 milliards de yuans les coûts écologiques et environnementaux de l’exploitation dans trois grandes bases de production chinoises entre 2001 et 2013. Il s’agit d’une estimation fondée sur une méthode de valorisation des dommages, et non d’une facture directement acquittée par les industriels.

Une production peut paraître peu coûteuse parce qu’une partie de son coût réel n’est pas incluse dans son prix de vente.

La Chine a ensuite renforcé ses normes et fermé des exploitations. Il serait donc inexact de parler d’un pays dépourvu de toute règle écologique. Le constat porte sur les écarts historiques de contraintes, leur application et les dommages documentés, pas sur une identité permanente entre toutes les installations chinoises.

Les enquêtes de Global Witness en Birmanie montrent également qu’une partie des nuisances peut être déplacée à nouveau : les matières extraites dans des conditions dégradées alimentent ensuite les capacités chinoises de transformation. La pollution change alors de lieu sans sortir de la chaîne d’approvisionnement.

 4. La Chine a construit une industrie, pas seulement une capacité d’extraction

Le BRGM décrit une politique engagée dans les années 1980, combinant investissements publics, planification, exploitation de grands gisements et faibles contraintes environnementales.

L’avantage chinois ne repose donc pas uniquement sur le sous-sol. Il s’est progressivement étendu à plusieurs activités complémentaires :

ÉtapeCe que sa maîtrise apporte
Extraction Accès aux matières premières
Séparation et raffinage Production d’éléments utilisables par l’industrie
Métallurgie et alliages Transformation des oxydes en matériaux spécialisés
Fabrication des composants Production d’aimants et d’autres produits à forte valeur ajoutée
Industries utilisatrices Débouchés, volumes, compétences et économies d’échelle

Lorsque ces activités se regroupent dans un même pays, elles se renforcent mutuellement. Les fabricants disposent de fournisseurs proches ; les transformateurs bénéficient de volumes et de clients ; les compétences se développent par la pratique industrielle.

Pendant qu’une partie des entreprises occidentales optimisait ses achats, la Chine développait sa capacité à fournir les matériaux et les composants nécessaires à ces entreprises.

Le résultat reste mesurable : pour les terres rares utilisées dans les aimants — néodyme, praséodyme, dysprosium et terbium —, l’AIE attribue à la Chine 60 % de l’extraction et 91 % de la production raffinée en 2024. Elle lui attribue également 94 % de la production d’aimants permanents frittés.

La dépendance se renforce donc lorsqu’on passe du minerai au composant.

 5. Les brevets et les compétences ont également circulé

La délocalisation d’une activité ne déplace pas seulement des machines. Elle peut déplacer les équipes, les méthodes, les fournisseurs spécialisés et l’apprentissage accumulé autour de la production.

Dans certains cas, les droits de propriété intellectuelle sont également concernés. Le cas de Magnequench est documenté par le département américain de l’Énergie.

En 1995, cette ancienne activité de General Motors est vendue à un consortium soutenu par des intérêts chinois. Dans sa stratégie de 2010 sur les matériaux critiques, le département de l’Énergie indique que cette vente a donné aux entreprises chinoises accès à de la propriété intellectuelle et à des technologies permettant d’établir des installations de production et de renforcer l’intégration de la filière.

Cette acquisition a donc contribué au développement d’une filière chinoise déjà soutenue par des investissements et des recherches propres.

L’erreur stratégique consiste à considérer une activité comme remplaçable parce que ses produits restent disponibles à l’importation, sans mesurer ce qui disparaît avec sa maîtrise industrielle.

La continuité de certaines activités à La Rochelle montre néanmoins qu’un savoir-faire a subsisté en France et constitue une base pour la relance.

 6. Les prix bas rendent la reconquête plus difficile

Le retour d’une filière demande des investissements avant de générer des revenus. Une usine peut ainsi être jugée nécessaire à la souveraineté tout en restant difficile à financer.

La crise de 2010-2011 illustre cette fragilité. La réduction des quotas chinois d’exportation contribue à une flambée des cours hors de Chine, amplifiée par les achats de précaution. Les restrictions concernées sont ensuite contestées et jugées incompatibles avec les règles de l’OMC.

La hausse stimule les projets concurrents. Mais le BRGM documente ensuite les conséquences de la baisse des cours entre 2011 et 2015 : reports d’investissements, projets mis en sommeil et difficultés financières de Molycorp et de Lynas.

Un rapport de l’Assemblée nationale de décembre 2024 relie la disparition de Molycorp en 2015 à une politique chinoise agressive de baisse des prix.

Il faut distinguer cette analyse stratégique des autres mécanismes du marché : la demande, les stocks, les capacités excédentaires et les difficultés propres aux entreprises influencent aussi les cours. Chaque hausse et chaque baisse ne peut être présentée comme une manipulation intégralement démontrée.

L’effet des prix bas est néanmoins établi : ils peuvent empêcher des capacités concurrentes de devenir rentables, même lorsque les gouvernements souhaitent les développer.

La réponse américaine en donne une illustration. En juillet 2025, MP Materials annonce un accord avec le département de la Défense comprenant une protection de prix de 110 dollars par kilogramme pour ses produits néodyme-praséodyme, sur dix ans.

 7. Cette dépendance peut déjà interrompre la production

Le risque ne se limite pas à une augmentation du prix des matières premières.

La Banque centrale européenne rapporte qu’en mai 2025, les expéditions chinoises d’aimants à terres rares ont diminué d’environ 75 % sur un an après l’introduction de restrictions. Certains constructeurs automobiles ont dû interrompre leur production.

L’étude souligne également les dépendances indirectes : un fournisseur européen, américain ou asiatique peut utiliser des matériaux chinois. Changer de fournisseur immédiat ne suffit donc pas toujours à diversifier la chaîne industrielle.

Une quantité limitée de matière ou de composants peut bloquer une production dont la valeur est sans commune mesure avec celle du matériau manquant.

L’alerte demeure actuelle : le Financial Times du 20 octobre 2026 rapporte un risque de pénurie d’yttrium au Japon dans les mois suivants, en s’appuyant sur des responsables japonais et des acteurs du commerce. Il s’agit d’une alerte d’approvisionnement, non d’un épuisement du sous-sol.

Cette dépendance n’est pas inconnue des institutions : le département américain de l’Énergie lui consacrait déjà une stratégie en 2010. Le problème n’est donc pas une absence totale d’alertes, mais le décalage entre leur ancienneté et la lenteur de la diversification.

 8. Pourquoi de nouveaux gisements ne suffisent pas

Le terme « terres rares » désigne dix-sept éléments chimiques. Il ne signifie pas que ces éléments seraient tous exceptionnellement peu abondants. Le cérium est, par exemple, à peu près aussi abondant que le cuivre dans la croûte terrestre.

Leur présence ne garantit cependant ni une concentration exploitable, ni la disponibilité des éléments les plus recherchés, ni une capacité de séparation adaptée.

La statistique USGS consultée pour 2026 mentionne notamment les réserves suivantes, en équivalent oxydes de terres rares :

PaysRéserves en équivalent oxydes de terres rares
Chine 44 millions de tonnes
Australie 6,3 millions de tonnes
Russie 3,8 millions de tonnes
Vietnam 3,5 millions de tonnes
États-Unis 1,9 million de tonnes

L’Europe dispose aussi de ressources : LKAB annonce 2,2 millions de tonnes d’oxydes de terres rares dans les ressources présumées de Per Geijer, en Suède, et Rare Earths Norway annonce 15,9 millions de tonnes dans les ressources indiquées et présumées de Fen, en Norvège. Ces ressources ne sont pas directement comparables aux réserves du tableau.

Le potentiel européen dépasse ces deux pays. Les travaux géologiques d’EURARE décrivent notamment la carbonatite de Sokli, en Finlande, des minéralisations en Espagne et au Portugal, ainsi que des sables à minéraux lourds contenant des terres rares dans le nord de la Grèce. Ces occurrences ne doivent pas être additionnées comme s’il s’agissait de réserves certifiées et immédiatement exploitables.

Le Groenland doit être distingué : lié au royaume du Danemark, il est géographiquement nord-américain et ne fait pas partie de l’Union européenne. Ses ressources n’équivalent donc pas à des capacités de production situées dans l’UE.

Pour la France, le BRGM rapporte une estimation historique de 1 900 tonnes de monazite au Grand-Fougeray, en Bretagne. EURARE précise que 78 tonnes de monazite y ont été extraites et commercialisées lors d’essais en 1967-1968.

Il s’agit de quantités de minerai pour un site, pas d’un total national de terres rares ni de réserves actuellement certifiées exploitables. Les sources consultées ne fournissent pas de total français consolidé comparable au tableau international.

Les terres rares ne sont donc pas une exclusivité géologique chinoise. La difficulté consiste à produire les bons éléments, à la bonne pureté, dans des délais et à des coûts compatibles avec les besoins industriels.

 Repère : les dix-sept éléments concernés

Dans le tableau périodique, les quinze lanthanides, du lanthane au lutécium, appartiennent à la sixième période. Ils figurent généralement sur la première des deux lignes détachées sous le tableau principal.

Le scandium appartient au groupe 3 et à la quatrième période ; l’yttrium au même groupe et à la cinquième période.

ÉlémentSymboleNuméro atomique
Scandium Sc 21
Yttrium Y 39
Lanthane La 57
Cérium Ce 58
Praséodyme Pr 59
Néodyme Nd 60
Prométhium Pm 61
Samarium Sm 62
Europium Eu 63
Gadolinium Gd 64
Terbium Tb 65
Dysprosium Dy 66
Holmium Ho 67
Erbium Er 68
Thulium Tm 69
Ytterbium Yb 70
Lutécium Lu 71

À quoi servent concrètement ces dix-sept éléments ?

Les terres rares ne forment pas une matière interchangeable. Leurs propriétés magnétiques, optiques ou chimiques répondent à des besoins différents. Elles sont employées sous forme de métaux, d’alliages, d’oxydes ou de composés spécifiques : un même équipement n’utilise pas nécessairement les dix-sept éléments.

Les fiches de la Royal Society of Chemistry et la synthèse de l’USGS permettent de distinguer les applications suivantes. Ce tableau donne des exemples, sans prétendre que chaque usage représente un marché de même taille.

ÉlémentExemples d’utilisations
Scandium — Sc Alliages aluminium-scandium, légers et résistants, pour certaines applications aéronautiques et certains équipements sportifs.
Yttrium — Y Matériaux pour lasers, céramiques et filtres micro-ondes utilisés notamment dans les radars.
Lanthane — La Catalyseurs du raffinage pétrolier, verres optiques et alliages de certaines batteries nickel-hydrure métallique, notamment pour véhicules hybrides.
Cérium — Ce Polissage du verre et des surfaces optiques, catalyse automobile et alliages produisant les étincelles des briquets.
Praséodyme — Pr Alliages pour aimants permanents et coloration de certains verres et céramiques.
Néodyme — Nd Aimants néodyme-fer-bore, puissants et compacts, utilisés dans des moteurs, certaines éoliennes, des haut-parleurs et des équipements électroniques ; également certains lasers.
Prométhium — Pm Recherche, sources radioactives de mesure et petites sources d’énergie spécialisées. Tous ses isotopes sont radioactifs ; il n’existe pas de filière minière courante comparable à celle du néodyme.
Samarium — Sm Aimants samarium-cobalt, recherchés notamment pour leur tenue à haute température ; absorption des neutrons dans certaines applications nucléaires.
Europium — Eu Composés luminescents, notamment rouges, pour certains éclairages et dispositifs de sécurité visibles sous ultraviolet.
Gadolinium — Gd Certains produits de contraste pour l’IRM, sous forme de composés adaptés ; absorption des neutrons dans le nucléaire.
Terbium — Tb Matériaux luminescents et ajout dans certains aimants pour améliorer leur résistance à la démagnétisation à chaud.
Dysprosium — Dy Amélioration de la tenue à haute température de certains aimants au néodyme utilisés dans les moteurs et les générateurs.
Holmium — Ho Certains alliages magnétiques et applications d’absorption des neutrons.
Erbium — Er Amplification des signaux dans les fibres optiques, qui permet les télécommunications à longue distance ; coloration de certains verres.
Thulium — Tm Lasers pour certaines interventions médicales et sources radioactives utilisées dans des dispositifs spécialisés de radiographie.
Ytterbium — Yb Lasers et certaines applications de catalyse.
Lutécium — Lu L’isotope lutécium-177 entre dans des médicaments radiopharmaceutiques destinés au traitement de certains cancers.

Leur valeur stratégique tient souvent à la fonction qu’elles rendent possible, davantage qu’à la quantité employée. Quelques grammes ou kilogrammes d’un élément adapté peuvent conditionner le fonctionnement d’un équipement beaucoup plus coûteux.

Toutes ne présentent cependant ni la même abondance, ni les mêmes marchés, ni les mêmes risques d’approvisionnement. Pour les aimants permanents, le néodyme et le praséodyme occupent une place centrale ; le dysprosium et le terbium interviennent dans certaines formulations exigeant une forte tenue en température.

Le lithium, le cobalt et le nickel ne sont pas des terres rares. Les matériaux d’une batterie doivent être distingués de ceux d’un moteur ; certaines architectures de moteurs fonctionnent sans aimants à terres rares.

 9. La reconstruction a commencé, mais elle exige davantage que des annonces

En France, Solvay annonce en septembre 2022 une extension de La Rochelle vers les terres rares pour aimants permanents. La nouvelle ligne est inaugurée le 8 avril 2025.

En juillet 2026, le groupe approuve 15 à 20 millions d’euros d’investissements supplémentaires et annonce une séparation industrielle du dysprosium et du terbium pour l’automne 2026. L’annonce d’un calendrier ne constitue pas, à elle seule, la confirmation d’un démarrage effectif.

À Lacq, Caremag annonce en mars 2025 un financement de 216 millions d’euros, dont 106 millions de soutien de l’État français et 110 millions de partenaires japonais, avec un démarrage alors prévu fin 2026.

Le plan national français présenté le 5 mai 2026 vise à reconstruire une chaîne de valeur complète. Ses objectifs pour 2030 ne doivent pas être confondus avec des capacités déjà opérationnelles.

Les alternatives progressent aussi hors de France : Lynas annonce en 2025 ses premières productions séparées de dysprosium et de terbium en Malaisie, à partir de matières australiennes. Invest Estonia rapporte en octobre 2026 le passage à la production commerciale de l’usine d’aimants Neo de Narva.

En Europe, la reconstruction ne se limite donc pas aux mines ni à la France. Au Royaume-Uni, une installation de recyclage et de fabrication d’aimants à terres rares est inaugurée à Tyseley, près de Birmingham, le 15 janvier 2026. Une installation HyProMag est aussi inaugurée à Pforzheim, en Allemagne, le 28 avril 2026. L’inauguration ne signifie pas que la capacité nominale est immédiatement atteinte.

La décision européenne du 25 mars 2025 reconnaît également comme stratégiques le projet de séparation de Puławy, en Pologne, et le projet italien INSPIREE de recyclage de terres rares pour aimants. Leur reconnaissance administrative ne prouve pas une production commerciale déjà effective. Pour ces deux pays, les sources mobilisées ici documentent des projets de diversification, pas un ancien leadership mondial équivalent à celui de La Rochelle.

La domination chinoise n’est donc pas une impossibilité technique de produire ailleurs. Elle est une concentration de volumes, de compétences, de coûts et de débouchés qu’il faut du temps pour rééquilibrer.

Le recyclage et les substitutions peuvent réduire les besoins. Ils ne suppriment pas immédiatement la dépendance : collecte, démontage, tri, procédés et débouchés doivent eux aussi être organisés.

 Conclusion : une économie de coûts devenue une dépendance stratégique

L’histoire des terres rares ne se résume pas à un pays qui posséderait les minerais et à d’autres qui en seraient dépourvus.

Elle montre comment des arbitrages économiques et environnementaux ont contribué à concentrer une industrie essentielle. Une partie des consommateurs a bénéficié de prix qui ne reflétaient pas entièrement les dommages de production. Dans le même temps, la Chine a investi dans les activités permettant de transformer cette position productive en puissance industrielle.

Éloigner les nuisances n’a pas supprimé le besoin de cette industrie. Cela a contribué à éloigner la maîtrise de sa production.

La gravité de la situation tient à cette dissociation : les économies consommatrices restent capables de concevoir et d’assembler des produits sophistiqués, tout en dépendant de capacités étrangères pour certains matériaux et composants indispensables à leur fabrication.

 Ouverture : après les terres rares, la maîtrise des aimants

Le prolongement de cette histoire concerne les aimants permanents. Entre posséder un minerai et fournir un aimant qualifié pour un moteur ou un équipement stratégique, plusieurs étapes déterminent la valeur et le pouvoir de négociation.

L’accès aux brevets, la métallurgie, les procédés de fabrication et les relations avec les clients deviennent alors aussi importants que la ressource.

Le prochain article examinera cette seconde concentration : comment la Chine est devenue dominante dans les aimants permanents, et pourquoi reconstruire cette industrie exige davantage que l’ouverture de nouvelles mines.

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