Mycènes et l’Egypte
13 juillet 2011 — Neimad
Remarques sur les références à l’Egypte dans les éléments funéraires mycéniens

La civilisation mycénienne précède la Grèce classique de plusieurs centaines d’années. Recouvrant une période de quatre siècles (du 16e siècle au 12e siècle av. J.C), cette civilisation a fondé Thèbes, Pylos et les cités fortifiées de Mycènes et de Tyrinthe. Tandis que la civilisation crétoise, qui lui est contemporaine, se rattache aux légendes du Labyrinthe et du Minotaure, la civilisation mycénienne est contée par Homère dans l’Iliade et par Sophocle, Eschyle et Euripide dans les tragédies qui concernent la famille des Atréides (Agamemnon, Electre, Oreste...).
Au 19e siècle, Henrich Schliemann, qui avait découvert Troie, explore les sites de Mycènes et de Tyrinthe, fait le rapprochement avec les récits de l’Iliade et attribue le nom d’Agammemnon à l’un des masques funéraires retrouvés sur le site de Mycènes. Ce masque daterait du 16e siècle av. J-C., soit trois siècles avant la guerre de Troie [1]. S’il n’appartient pas au roi légendaire, à qui appartenait-il ?
Ce masque d’or n’est que l’un des masques funéraires trouvés dans le cercle des tombes royales A, auquel mène la porte des Lionnes, nommée ainsi à cause de la plaque triangulaire qui la surplombe, sur laquelle sont représentés deux lions dos à dos.
Cette porte fait elle-même partie d’un ensemble plus vaste, puisqu’on trouve également une entrée plus modeste du côté sud, un autre cercle de tombes royales (appelés cercle des tombes royales B), neuf "tombes à tholos", en forme de ruches enterrées dans le sol, une enceinte cyclopéenne et les restes d’un palais au sommet de la colline. Tyrinthe n’est pas construite autrement.
Si l’on remet en cause l’attribution du masque d’Agamemnon au roi de la légende, on continue de penser ces vestiges comme les restes d’un palais royal. Mais a-t-on vraiment affaire à un palais ?
Un ensemble d’éléments nous laissent à penser le contraire :
- la construction des tholos et le contenu des cercles de tombes montrent l’importance des personnes qui y étaient enterrés (aux ossements s’ajoutaient un mobilier funéraire,des figurines, de la céramique, des masques d’or et des bijoux) ; or, enterrer les morts n’est pas une coutume mycénienne, comme on le voit dans l’Iliade, quand Achille brûle le corps de Patrocle mort devant les murailles de Troyes ;
- du palais il ne reste que les vestiges d’un mégaron, un foyer entouré de quatre colonnes pour soutenir la toiture ; or, l’architecture des mégarons se retrouve également dans les temples grecs, la présence d’un mégaron ne suffit donc pas pour attribuer une fonction au bâtiment ;
- la forteresse de Mycènes aurait été abandonnée au 12e siècle, à l’époque de l’invasion des Peuples de la Mer, mais les découvertes récentes montrent qu’il n’y a pas eu d’invasion brutale mais une immigration successive, alors pourquoi a-t-elle été abandonnée ?
Notre hypothèse est que Mycènes ne constituait pas une forteresse et que les murs cyclopéens ne protégeait par le palais d’une invasion, mais que Mycènes constituait une nécropole et que les murs cyclopéens protégeait le roi défunt à la manière des mastaba pour les pharaons.
Mastaba de Meresankh III à Gizeh
Il existe en effet plusieurs éléments qui montre l’influence de la civilisation égyptienne sur l’architecture et les objets retrouvés sur ce site :
- les tholos sont précédés par un long corridor (un dromos), qui descend vers une porte monumentale [2] ; or les mastaba [3] et les temples égyptiens [4] étaient précédés d’une allée menant au temple, tandis qu’une porte monumentale, souvent violée par les pillards, menait à un couloir qui s’enfonçait sous la surface [5] ;
Escalier menant à tholos mycénien
Entrée sous la pyramide de Djoser
- les dromos sont en forme de "ruches", or l’abeille symbolise la royauté dans les hiéroglyphes égyptiens ;
- les dromos sont construits à partir de la technique d’encorbellement, également utilisée dans les pyramides égyptiens [6] ;
- les masques en or découverts dans les tombes semblent imiter la coutume égyptienne de recouvrir la momie d’un pharaon d’un masque d’or ;
- les deux lions de la Porte des Lions sont également présents dans l’iconographie égyptienne : "L’image du double lion (...) symbolise les deux temps extrêmes de la Douat. L’un des lions représente "hier" et regarde l’Occident ; l’autre se nomme "doua" (demain) et regarde l’Orient. Tous les deux tournent le dos au soleil de "l’horizon" qui est, nécessairement, celui d"hier" donc descendu sous l’horizon. Ils sont dans la nuit, parce que le soleil voyage, invisible, dans la Douat." [7].
En résumé, la Porte des Lions signifierait que le visiteur rentre dans le royaume des morts et que les morts qui voyagent dans le royaume souterrain (celui de la mort) renaîtront comme Horus dans le ciel. Cela expliquerait pourquoi il existe une sortie de l’autre côté. Les pierres monumentales, quant à elles, viseraient à protéger les tombeaux des personnes royales qui y sont enterrées à la manière des pharaons.
Cette interprétation reste évidemment à confirmer, par de nouvelles fouilles par exemple [8]. Si notre hypothèse s’avérait exacte, il resterait encore à savoir si les Mycéniens cherchaient à copier les rites funéraires égyptiens - sans en avoir la parfaite maîtrise - ou si la nécropole de Mycènes révèle une influence plus importante de la civilisation égyptienne sur la civilisation mycénienne et le monde grec en général ?
Serait-ce si étonnant ? Nous savons par ailleurs que la civilisation crétoise entretenait des relations avec l’Egypte à la même époque, que le lion à visage humain apparaît sous le nom de "sphinx" à Gizeh et dans la légende thébaine [9] et qu’à partir du 7e siècle av. J-C au mois, le voyage d’Egypte constituait un voyage d’étude pour les philosophes grecs [10].
Si, comme nous le supposons, les archéologues se trompent sur la fonction des monuments de Mycènes, c’est toute l’histoire de l’Helladique qu’il faut revoir, car cela signifierait que Mycènes n’était pas un peuple guerrier qui cherchait à se défendre d’envahisseurs par de puissantes murailles, car cela signifierait que le palais du roi Agammemnon, s’il existe, ne se trouve pas à Mycènes, car cela interrogerait sur l’origine du rite de l’inhumation et dans la croyance d’une vie après la mort sur le continent grec [11]...
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Le monde est étrange, vous ne trouvez pas ?
[1] La guerre de Troie aurait eu lieu au 12e siècle, en même temps que l’invasion des Peuples de la Mer qui ont attaqué les côtes anatoliennes et égyptiennes au 12e siècle av. J.-C.
[2] par exemple la tombe dite « Trésor d’Atrée », est précédée d’un dromos de 36 m de long et de 6 m de large, elle est surmontée d’un linteau en deux parties, mesurant 9,50m x 1,20m et pesant 120 tonnes ; au-dessus de ce linteau se trouve une plaque triangulaire identique à celle de la porte des Lionnes ; tandis que la coupole à l’intérieur s’élève à 14 m.
[3] par exemple la mastaba à deux degrés de Shepseskaf, appelé El-Faraoun par les arabes
[4] comme celui de Louxor
[5] comme à Djoser par exemple
[6] au-dessus de la chambre du roi, dans la pyramide rouge de pyramide rouge de Daschour par exemple)
[7] Schwaller de LUBICZ, Contribution à l’Egyptologie, article "Douat", Ed. Le Caire, 1950, Ed. MCOR, coll. La Table d’Emeraude, 2006, pp. 15-16.
[8] Plus profondes, afin de vérifier s’il n’existe pas d’autre chambre souterraine, et plus large, afin de chercher le palais des rois en dehors de la nécropole.
[9] Le sphinx apparaît comme une créature qui met à l’épreuve le roi Oedipe
[10] Nous savons, par les Grecs eux-mêmes, que Thalès, Solon, Pythagore, Héraclite, Empédocle et Platon ont voyagé - ou prétendaient avoir voyagé - en Egypte, que ce soit pour y développer leurs connaissances ou pour donner un argument d’autorité à leur philosophie.
[11] Les cultes à mystère ont-ils nécessairement un lien avec le mythe osirien de la résurrection ou s’agit-il d’une communauté de pensée ?
Référence : Voir le plan de Mycènes
















Merci pour vos remarques, Laurent. Il est vrai que ce n’était qu’une hypothèse. Je reprends vos contre-arguments :
C’est peut-être un hasard, comme vous dites, mais il y a aussi la similitude du rite funéraire : la fabrication des masques d’or à l’effigie du défunt.
Encore une fois, nous ne prétendons rien, ce ne sont que des questions. Vous avez raison concernant la photographie de Djoser, il ne s’agit pas de l’entrée d’une tombe mais d’une citerne. Si le Trésor d’Atrée a été confondu au début avec un silo, c’est effectivement un tombeau, on ne peut donc pas établir de comparaison. Nous allons retirer la photographie.
En vous remerciant pour vos critiques,
Neimad
Bonjour,
Etant étudiant en archéologie et histoire ancienne, et étant allé à Mycènes, je suis obligé d’intervenir.
Votre développement est intéressant mais il s’appuie sur des preuves fausses. Je suis désolé de devoir vous le dire, mais votre théorie est erronée.
Les liens, et l’influence, avec l’Orient sont bel et bien attestés et corrects.
Par contre la suite l’est beaucoup moins.
Je reprends vos trois arguments :
Il n’y a donc pas de tombes mis à part le cercle de tombe A à l’intérieur des murs. De plus le palais se retrouve dans toutes les villes mycéniennes (à Tirynthe également).
Je vous signale une autre erreur, la photo au-dessus de la pyramide de Djoser, désignée comme l’entrée d’une tombe en tholos est en fait l’entrée d’une citerne souterraine, à l’intérieur des remparts, qui descend sous ces derniers, pour être bien protégée d’un éventuel bombardement d’artillerie ennemie.
De nombreux rapprochements sont douteux et peuvent parfois être dû au hasard où, de manière limitée, à une certaine influence (qui est avérée parfois) mais les rapprochements symboliques sont plus induits par votre hypothèse et non l’inverse. Les arguments sont censés donner l’hypothèse mais ici ils sont utilisés pour la conforter.
Voilà, mon commentaire n’a pas pour but d’être méchant ou humiliant, je ne suis pas en train de me moquer, je tenais juste à corriger ces hypothèses qui sont fausses et à éclairer vos connaissances sur cette ville.
En espérant avoir été utile,
Cordialement,
L. Durand
En plus de la Thèbes d’Egypte, on trouve Thèbes en Grèce, au nord-ouest d’Athènes
Bonjour, je me permets une petite remarque à propos du commentaire de Neimad du 17-7-2011 disant qu’il n’y a pas de lions en Grèce. Les auteurs anciens dont Hérodote signalent pourtant leur présence dans les montagnes du nord de la Grèce. L’on rappelle aussi que les convois de ravitaillement des envahisseurs perses furent attaqués par des lions, et que la chasse de ceux-ci était, en Macédoine, réservée à la haute noblesse et aux rois. Les Celtes eux-mêmes, suites à leurs nombreuses incursions dans ces régions, notamment la "Grande Expédition" aux alentours de 300 avant J-C, savaient parfaitement ce qu’était un lion.
c’est d’autant plus troublant que dans la mythologie grecque, on parle des rois de thèbes or thèbes est en egypte non ?
qu’est thèbe-sous-placos en troade ?
yat-il un lien de parenté entre les troyens, les hatti, les sumériens, les phéniciens, le mittani, les hyksos, les egyptiens
Autres rapprochements entre la civilisation mycénienne et l’Egypte :
L’image du double lion renvoie aussi aux Routy, au couple de lions de Léontopolis et aux jumeaux Shou (Air) et Tefnout (Eau), parfois représentés sous forme de lions, qui renvoient tous les deux à la fonction royale, puisque que pharaon, Horus incarné, monte sur "le trône de Shou" et que les reines d’Egypte se considéraient comme les héritères de Tefnout-reine. Shou et Tefnout symbolise également les deux yeux de Rê, les barques du jour et de la nuit, les deux couronnes de la Haute et Basse-Egypte, etc.
Pourquoi le roi est-il relié aux symboles du soleil et du lion (comme onle voit dans les Fables de la Fontaine ou dans le film le Roi-Lion) ? Parce qu’en Egypte, l’inondation annuelle du Nil se déclenche au moment où le soleil (Rê) entre dans le signe du Lion (Tefnout).
Par ailleurs, le dessin de "lions" en Argolide devrait interroger les archéologues, car il n’existait pas de lions en Grèce mais des loups, comme le montrent les pièces de monnaie retrouvées dans cette région.
Or, selon L. de Ronchaud : "Dans certaines fables, le loup semble jouer en Grèce le rôle du lion en Orient (...). Les monnaies d’Argos et d’Argolide portent, dès l’origine, l’effigie d’un loup dont la tête quelquefois est entourée de rayons.". (cité par Jean Richer, Géogaphie sacrée du monde grec, Paris, Hachette, Bibliothèque des Guides Bleus, 1967, p. 41).
On trouve une autre référence au lion en Grèce antique (en Argolide également) dans la légende du Lion de Némée, tué par Héraclès lors du premier de ses douze travaux. Or, ce lion était le fils d’Orthos, le chien bicéphale de Géryon, qui habite à l’extrêmité occidentale du monde, et de la Chimère (être composite à tête de lion), qui ravageait la Lycie en Asie mineure, donc à l’extrêmité orientale du monde. Le Sphinx - ou plus précisément la Sphinge - serait la soeur du Lion Némée selon une des versions. On retrouve ici non seulement la composante solaire (à l’orient où se lève le soleil et à l’orient où il se couche), la composante physique (le lion) mais aussi la composante sexuelle (le Lion de Némée est le frère de la Chimère) de Shou et Tefnout.
Selon une autre version, Orthos et la Sphinge seraient les enfants d’Echidna et de Typhon, au même titre que le Cerbère, le chien à trois têtes qui garde la porte des enfers, à l’extrêmité occidentale de la Terre. Le symbole du lion dans la mythologie grecque a donc toujours un rapport avec les Enfers, ce qui n’est pas sans rappeler le rôle de Shou et de Tefnout dans le passage de la barque solaire dans le monde souterrain.
A noter aussi la présence étonnante d’une statue de lion couchée Ioulis, sur l’île de Kéa. La présence de cette statue sur cette île étonnait déjà les Anciens. A noter que la tête de lion est orientée sud-sud-est dans la direction où le soleil se couche et que l’un des fonctions de Shou était justement d’accompagner le dieu soleil Rê au moment de son coucher : "Rayon lumineux qui ouvre le chemin quand il voyage à l’horizon. Shou défend, tel Horus, le soleil contre les forces des ténèbres (Apophis)." (Stéphane Rossini, Ruth Schumann-Atntelme, préface de Christiane Desroches-Noblecourt, Nétèr, Dieux d’Egypte, Paris, Ed. Trismégiste, 1992, p. 186).
Cette statue est habituellement datée de 600 av. J.-C. mais selon Jean Richer (op. cit., p. 136), il faudrait remonter vers 2000/2500 ans av. J.-C. pour que la constellation du Lion soit en relation avec le solstice d’été, ce qui donnerait une fonction astronomique au monument. Or, le Sphinx de Guizeh est habituellement daté de -2500, en se référant à l’époque où vécurent les pharaons qui ont construit les temples et les pyramides de Guizeh (Le pharaon Khéphren ou Khéops aurait servi de modèle). Plusieurs indices laissent croire que le sphinx est plus ancien que les pharaons et que le visage primitif du sphinx était un lion (Voir notre article sur les énigmes autour du Sphinx et de Guizeh).