Le Soleil est-il responsable du réchauffement actuel ?

Le Soleil est-il responsable du réchauffement climatique actuel ?

Une affirmation circule régulièrement sur les réseaux sociaux : depuis 2019, le Soleil serait entré dans une phase « hyperactive », comparable à celle observée il y a environ 250 ans, et cette activité expliquerait une partie des canicules actuelles. Le rapprochement peut sembler troublant, mais il doit être replacé dans son contexte scientifique et historique.

Le cycle solaire actuel a effectivement commencé en décembre 2019. Mais cette date correspond au minimum d’activité du Soleil, et non au début d’une phase d’hyperactivité. L’activité a ensuite augmenté jusqu’à atteindre son maximum en octobre 2024, avec un indice lissé de 161 taches solaires. Ce cycle a été plus actif que les premières prévisions, sans être exceptionnel à l’échelle historique.

Il est vrai qu’environ 250 ans auparavant, le Soleil traversait un cycle particulièrement puissant. Le cycle solaire ayant culminé en mai 1778 avait atteint un indice de 264,2, soit une activité nettement supérieure à celle du cycle actuel. Cette période a également connu de mauvaises récoltes, une hausse du prix des céréales, des pénuries et d’importantes tensions alimentaires. La coïncidence mérite donc d’être étudiée plutôt que simplement rejetée.

Cependant, une coïncidence chronologique ne démontre pas automatiquement un lien de cause à effet. En France, la guerre des Farines avait commencé dès avril 1775, soit trois ans avant le maximum solaire. Cette crise résultait de récoltes insuffisantes, de l’augmentation du prix du blé et du pain, de problèmes d’approvisionnement, mais aussi de la libéralisation du commerce des grains décidée sous Turgot.

Les difficultés agricoles du XVIIIe siècle ne peuvent donc pas être résumées à une période de chaleur provoquée par le Soleil. Les populations ont subi une succession de sécheresses régionales, de pluies excessives, d’hivers rigoureux, de mauvaises récoltes et de crises économiques. À cela se sont ajoutées, quelques années plus tard, les conséquences d’éruptions volcaniques majeures, notamment celle du Laki en 1783.

Le Soleil influence naturellement le climat. Lorsque son activité augmente, la quantité totale d’énergie qu’il émet progresse légèrement. Mais cette variation n’est que d’environ 0,1 % entre le minimum et le maximum d’un cycle solaire de onze ans. Elle peut modifier certains mécanismes atmosphériques ou produire des effets régionaux, mais son influence sur la température moyenne mondiale demeure limitée.

Les mesures réalisées depuis l’espace ne montrent d’ailleurs aucune augmentation durable de l’énergie solaire reçue par la Terre depuis les années 1950. Pendant la même période, la température mondiale a fortement progressé. Le cycle solaire monte et redescend tous les onze ans, tandis que la tendance générale des températures continue de s’élever.

Il existe donc bien une coïncidence intéressante entre la forte activité solaire de la fin des années 1770 et certaines crises agricoles de l’époque. Mais les données disponibles ne permettent pas d’affirmer que le Soleil en fut la cause principale. De la même manière, l’activité du cycle actuel peut légèrement moduler le climat, mais elle est beaucoup trop faible pour expliquer le réchauffement rapide observé depuis plusieurs décennies.

Sources